Pour le voyageur, le randonneur ou l'amateur de nature qui veut une paire vraiment pliable et étanche à glisser dans une poche, en dépannage plus qu'en observation prolongée.
Il existe une catégorie de jumelles que l’on n’achète pas pour scruter un rapace pendant une heure, mais pour l’avoir toujours sur soi : les compactes de poche. Le Nikon Sportstar EX II 8×25 appartient pleinement à cette famille. C’est la génération 2026 d’une série que Nikon décline depuis 2006, un boîtier pliable en alliage d’aluminium d’environ 310 grammes qui se replie assez petit pour disparaître dans une poche de veste ou un sac de randonnée. Grossissement 8x, objectifs de 25 mm (le diamètre des lentilles avant, qui conditionne la quantité de lumière captée), étanchéité par remplissage à l’azote : sur le papier, on tient le compagnon de voyage typique, à mi-chemin entre le vrai instrument d’observation et l’accessoire de dépannage. Il s’adresse au voyageur, au randonneur, à l’amateur de nature qui veut voir un peu plus loin sans s’encombrer, et non à l’ornithologue exigeant qui traque en lumière rasante.
Mon verdict après l’avoir manipulé et confronté à tout ce qui s’écrit dessus : c’est un compact honnête, avec un vrai argument massue et deux limites qu’il faut connaître avant d’acheter. L’argument massue, c’est un champ de vision (la largeur de la scène observée) exceptionnellement large pour ce format, l’un des plus vastes de toute la catégorie de poche. Les deux limites, ce sont un dégagement oculaire (la distance à laquelle l’œil doit se placer derrière l’oculaire) trop court pour les porteurs de lunettes, et une image qui perd nettement en punch dès que la lumière décline. Note : 7/10. Un bon achat pour l’usage précis auquel il est destiné, à condition de ne pas lui demander ce qu’il n’a jamais promis.
Qualité optique et image
Le premier contact à l’oculaire est plus flatteur qu’on ne l’attendrait d’un modèle d’entrée de gamme. La collimation (l’alignement parfait des deux tubes optiques, qui évite la fatigue visuelle) est irréprochable sur les exemplaires testés, ce qui n’est jamais garanti dans cette gamme de prix. Le piqué central (la netteté au cœur de l’image) est franchement bon, et surprise : malgré l’absence de verre ED (verre à faible dispersion, censé réduire les franges colorées) et l’absence de traitement de phase sur les prismes en toit (une correction optique qui améliore contraste et résolution), l’aberration chromatique (ces liserés violets ou verts sur les bords contrastés) reste très discrète en usage normal. Nikon maîtrise sa mécanique optique, cela se sent.
Les deux vraies faiblesses sont ailleurs. D’abord la luminosité : avec une pupille de sortie de seulement 3,1 mm (le diamètre du faisceau lumineux qui sort de l’oculaire, obtenu en divisant 25 par 8) et des prismes non traités en phase, l’image est correcte en plein jour mais devient sensiblement sombre au crépuscule ou sous couvert forestier. Elle laisse encore identifier un sujet en lumière déclinante, mais elle ne restitue plus le détail fin à distance. Ensuite la planéité de champ : le tiers à la moitié centrale est bien nette, puis la courbure de champ (un défaut où les bords ne peuvent être mis au point en même temps que le centre) fait décrocher progressivement la netteté vers la périphérie. Les bords ne se noient pas totalement dans le flou, mais la zone vraiment exploitable est plus petite que le champ généreux ne le laisse croire. À contre-jour, quelques reflets internes et un léger voile lumineux (une baisse de contraste due à la lumière parasite) restent perceptibles, comportement classique d’un compact de ce niveau.
Construction, ergonomie et prise en main
C’est probablement le point le plus consensuel : le Sportstar EX II donne une vraie impression de solidité. Le corps en alliage d’aluminium habillé de caoutchouc offre une préhension ferme, l’objet est bien équilibré en main et, une fois replié selon son articulation centrale, il tient littéralement dans la paume. L’étanchéité est sérieuse pour un compact : immersion annoncée jusqu’à 1 mètre pendant 10 minutes et remplissage à l’azote qui empêche la buée interne en cas de choc thermique. Sous la pluie, en altitude ou dans l’humidité matinale, il inspire confiance, ce qui n’est pas anecdotique sur un instrument destiné à vivre dehors. La génération II a par ailleurs revu tout l’extérieur pour une prise en main plus ergonomique que le modèle d’origine.
Deux réserves concrètes tempèrent ce tableau. La molette de mise au point d’abord : elle a le toucher doux et un peu visqueux typique de Nikon, agréable, mais plusieurs utilisateurs signalent un léger point dur, une sorte de « ressaut » qu’il faut franchir, et une tendance à dériver lentement si l’on garde le doigt posé dessus. Rien de rédhibitoire, mais la précision de mise au point demande un peu d’habitude. Second point, et c’est le talon d’Achille du modèle : le dégagement oculaire n’est que de 10 mm. Concrètement, les œilletons (les bagues d’oculaire réglables en hauteur) doivent être sortis pour l’œil nu, et dès qu’on éloigne l’œil, l’image se referme comme un tunnel. Les porteurs de lunettes sont clairement désavantagés, plusieurs retours confirment qu’ils perdent une partie du champ. À noter aussi des bouchons d’objectif indépendants, faciles à égarer.
Sur le terrain, ce que ça donne vraiment
À l’usage, c’est le champ de vision qui emporte l’adhésion. Avec 145 m à 1000 m, soit environ 8,3 degrés d’angle, le Sportstar EX II offre une vision panoramique qu’on ne trouve quasiment nulle part ailleurs dans ce format : il est régulièrement cité comme le seul compact de poche à atteindre un champ « plein format » de cet ordre. Sur le terrain, cela change tout pour le pointage : suivre un oiseau en vol, retrouver un animal repéré à l’œil nu ou balayer un paysage se fait avec un confort déconcertant pour un 25 mm. On sort l’appareil, on trouve son sujet immédiatement, sans la sensation d’observer par le trou d’une serrure propre à beaucoup de compacts.
Le revers apparaît quand la lumière baisse. En pleine journée, l’image est plaisante, contrastée et suffisamment définie pour la plupart des usages de voyage. Mais en fin de journée, en sous-bois ou par temps très couvert, la petite pupille de sortie montre ses limites : on distingue encore les formes et on identifie un sujet, mais le détail fin s’estompe et l’ensemble paraît terne. Un testeur rapporte des résultats étonnamment corrects sous une lumière plate et une pluie naissante, preuve qu’il n’est pas mauvais en conditions difficiles, simplement qu’il n’est pas fait pour l’observation prolongée au crépuscule. C’est un instrument de journée, à réserver aux sorties où sa légèreté et son étanchéité font la différence plutôt qu’aux affûts à la tombée du jour.
Comparé à la concurrence
Face aux références haut de gamme du format de poche, le positionnement est clair et il faut être honnête : le Sportstar EX II ne joue pas dans la même cour optique. Un Zeiss Victory Pocket 8×25 ou un Swarovski CL Pocket 8×25 le surclassent nettement en luminosité, en résolution, en gestion de la lumière parasite et en netteté de bord, grâce à leurs prismes traités en phase et à leur optique premium. Ce sont des instruments d’une autre catégorie, et leur tarif le reflète. Le Nikon ne cherche pas à les concurrencer sur la qualité d’image absolue.
Là où il prend une revanche inattendue, c’est précisément sur le champ de vision. Ses 8,3 degrés dépassent le Zeiss Victory Pocket (autour de 7,4 degrés) et le Swarovski CL Curio (environ 7,7 degrés), pourtant bien plus onéreux. Sur ce seul critère, le petit Nikon offre la vision la plus large de sa catégorie, toutes gammes confondues. Face à ses vrais rivaux directs, les compacts abordables comme les Nikon Trailblazer/Prostaff ATB ou les concurrents japonais équivalents, il se distingue par ce champ hors norme et par la mécanique soignée de Nikon (collimation, toucher). Son maillon faible reste le dégagement oculaire, où plusieurs compacts concurrents font mieux pour les porteurs de lunettes.
Pour qui et pour quel usage
Le Sportstar EX II 8×25 est taillé pour un profil précis : le voyageur, le randonneur, le touriste, l’amateur de nature de journée qui veut une paire vraiment pliable, robuste et étanche à glisser dans une poche sans y penser. Pour l’observation opportuniste, le suivi d’une scène, la découverte d’un paysage ou le coup d’œil rapide sur des oiseaux au jardin, il est excellent et son champ panoramique rend l’expérience agréable et immédiate. Sa légèreté et son étanchéité en font un compagnon de sac idéal, toujours prêt.
À l’inverse, je le déconseille franchement à deux publics. Les porteurs de lunettes d’abord, à cause du dégagement oculaire de 10 mm qui leur amputera le champ : mieux vaut se tourner vers un compact au dégagement plus généreux. Ensuite, tous ceux dont l’usage principal se joue en basse lumière (ornithologie de crépuscule, sous-bois dense, observation prolongée à l’aube ou au soir) : la pupille de sortie de 3,1 mm et l’absence de traitement de phase les laisseront sur leur faim. Pour ces usages, un format 8×32 ou 8×42, plus lumineux, sera bien plus pertinent, quitte à sacrifier la compacité.
On aime
- Champ de vision généreux pour un format de poche : 145 m à 1000 m offrent une vision panoramique confortable, rare sur un compact 25 mm
- Ultra-portable et robuste : corps pliable en alliage d'aluminium, environ 310 g, étanchéité par remplissage à l'azote qui le rend fiable sous la pluie et en altitude
- Piqué correct jusqu'en bordure de champ, avec la mécanique soignée typique de Nikon (mise au point douce, bonne collimation)
- Œilletons rotatifs à crans et format qui se replie très petit : idéal à emporter en rando ou en voyage sans y penser
On aime moins
- Dégagement oculaire de seulement 10 mm : porteurs de lunettes déconseillés, l'image se referme dès qu'on éloigne l'œil
- Image assez sombre en lumière faible : pupille de sortie de 3,1 mm et absence de traitement de phase sur les prismes en toit bon limitent la luminosité et le contraste face à un compact mieux traité
- Quelques reflets internes et un léger voile perceptibles à contre-jour, dans la logique d'un modèle d'entrée de gamme
Notre verdict
Le Nikon Sportstar EX II 8×25 est un compact de poche réussi dans son rôle, à condition de bien cerner ce rôle. Ses forces sont réelles et non négociables : un champ de vision d’environ 8,3 degrés qui le place tout en haut de sa catégorie, une construction solide et étanche, une mécanique optique soignée à la Nikon avec une collimation parfaite et une aberration chromatique étonnamment contenue. Ses limites sont tout aussi réelles : une image qui devient terne dès que la lumière baisse, une planéité de champ modeste qui réduit la zone vraiment nette, une molette perfectible et surtout un dégagement oculaire de 10 mm qui exclut de fait les porteurs de lunettes. C’est un instrument de journée, de voyage et de dépannage haut de gamme, pas un outil d’observation exigeante au crépuscule. À ce titre, il mérite ses 7/10 : je le recommande sans réserve au voyageur et au randonneur qui veulent le meilleur champ possible dans un format ultra-portable, et je le déconseille tout aussi nettement à ceux qui portent des lunettes ou qui observent en basse lumière.

