Mis à jour le 12 juillet 2026Par Clément Martin, testeurNote : 8,2/10
CM
Clément Martin, guide nature et passionné d’optique de terrain. Depuis plus de 10 ans, je compare des jumelles et des instruments d’observation en conditions réelles, sur le terrain, loin des tests de laboratoire. Aucun partenariat qui oriente mes avis, juste ce que voit vraiment l’œil derrière l’oculaire. Notre méthode de test →
Celestron SkyMaster Pro ED 20x80
Note de la rédaction
8,2/10
Grossissement 20xObjectif 80 mmChamp 59 m à 1000 mPupille de sortie 4 mmPoids 3492 g (environ 3,5 kg)Mise au point mini 30 mDégagement 15,4 mmÉtanchéité Étanche IPX7 et purge à l'azoteVerre Verre ED extra-basse dispersion, prismes Porro BaK-4, traitement multicouche intégral XLT

Pour l'astronome amateur exigeant qui observe posé sur trépied et veut un piqué haut de gamme sur la Lune, les planètes et le ciel profond sans passer au télescope.

Il existe une frontière que tout astronome amateur finit par vouloir franchir, celle qui sépare les jumelles de balade des véritables instruments de ciel. La Celestron SkyMaster Pro ED 20×80 se tient précisément sur cette ligne, un format géant (objectifs de 80 mm, grossissement de 20 fois) pensé non pas pour le sac à dos, mais pour le trépied et l’observation posée. Elle s’adresse à celui qui veut détailler les cratères lunaires, deviner les lunes de Jupiter et parcourir les grands champs d’étoiles du ciel profond sans se lancer dans la mise en station et le suivi d’un télescope. C’est un outil de contemplation exigeant, qui demande de la préparation autant qu’il récompense la patience.

Après l’avoir montée, réglée et poussée sur des cibles brillantes comme sur des faibles lueurs, mon verdict est clair, elle mérite sa note de 8,2/10. L’apport du verre ED (verre à extra-basse dispersion, qui limite la décomposition des couleurs) est réel et visible, il gomme en grande partie le liseré coloré qui plombe habituellement ce diamètre. En contrepartie, ses 3,5 kg environ imposent une discipline stricte, un support stable n’est pas une option ici, c’est la condition sine qua non pour que le bénéfice optique existe. Ce n’est pas une jumelle nomade, c’est une jumelle de poste fixe qui vise le piqué et la maîtrise du chromatisme.

Qualité optique et rendu de l’image

C’est le terrain sur lequel la version ED se distingue vraiment de la SkyMaster Pro classique. Sur les cibles à fort contraste, le bord de la Lune, une planète brillante, une étoile de première grandeur, l’aberration chromatique (ce liseré violet ou jaunâtre qui borde les objets lumineux) est nettement contenue au centre du champ. Là où le modèle achromatique standard laisse apparaître un franc chromatisme dans la plupart des situations contrastées, l’ED ne laisse subsister qu’un chromatisme latéral discret, cantonné aux bords et seulement dans les cas extrêmes. Le traitement multicouche intégral XLT et les prismes BaK-4 (verre au baryum, plus dense, qui donne une pupille de sortie ronde et pleine) livrent une image contrastée, sans reflet parasite ni image fantôme même face à un premier quartier de Lune éblouissant.

Il faut toutefois être honnête sur la géométrie du champ. Le piqué est excellent sur la moitié centrale, très propre, puis se dégrade progressivement vers les bords, où l’on retrouve un léger flou et ce résidu de chromatisme latéral, comportement classique et attendu sur des Porro de ce diamètre. La pupille de sortie de l’ED est plus circulaire et moins vignetée (assombrissement des bords) que celle de la version non-ED, un gain concret de confort. Côté ciel profond, les 80 mm captent assez de lumière pour poser la galaxie d’Andromède (M31), les Pléiades ou le Double Amas de Persée, et pour aligner Jupiter avec ses quatre lunes galiléennes (Europe, Io, Ganymède, Callisto) parfaitement piquées comme des têtes d’épingle.

Construction, ergonomie et prise en main

La finition respire l’instrument sérieux. Le corps est habillé d’un revêtement caoutchouc qui protège les fûts et enveloppe les prismes, l’ensemble est étanche selon la norme IPX7 (immersion temporaire tolérée) et purgé à l’azote pour empêcher toute buée interne lors des longues sessions dans l’humidité nocturne, un vrai plus quand la rosée tombe. La mise au point passe par une grosse molette centrale à la rotation onctueuse, avec juste ce qu’il faut de résistance pour ne pas se dérégler par inadvertance, et le réglage dioptrique (compensation de la différence entre vos deux yeux) se fait sur l’oculaire droit sans mauvaise surprise. Détail apprécié des astronomes, les oculaires sont filetés pour recevoir des filtres au coche standard de 31,75 mm (1,25 pouce), ce qui ouvre la porte aux filtres lunaires ou anti-pollution lumineuse.

L’atout maître pour l’usage sur pied, c’est le rail de compensation d’équilibre, une glissière équipée d’une grosse molette de blocage qui laisse coulisser les jumelles d’avant en arrière pour trouver le point d’équilibre parfait sur la tête du trépied. Sur un instrument de près de 3,5 kg, ce n’est pas un gadget, c’est ce qui rend le pointage vivable. Un bémol récurrent hérité de la gamme, les bonnettes ailettes (les œilletons qui font écran à la lumière parasite latérale) ont tendance à se détacher un peu trop facilement, notamment quand on les rabat pour remettre les bouchons. Rien de rédhibitoire, mais c’est le genre de finition qu’on n’attend pas tout à fait à ce niveau.

Sur le terrain, ce que ça donne vraiment

La première leçon est mécanique avant d’être optique. Ces 20×80 sont totalement inutilisables à main levée au-delà de quelques secondes, le bras tremble, l’image danse et tout le travail du verre ED s’évapore instantanément. Le trépied robuste n’est pas conseillé, il est obligatoire, et je recommande même une tête vidéo fluide ou, pour les puristes, un bras parallélogramme, tant les 20x amplifient la moindre vibration. Bien montées et laissées se stabiliser une seconde après le pointage, elles délivrent alors tout leur potentiel, une image immersive, lumineuse et détaillée qui surclasse un petit télescope de 70 mm en confort d’observation à deux yeux.

Les retours d’utilisateurs, recoupés entre forums francophones et tests anglo-saxons, convergent, très bon piqué et étoiles bien nettes en usage nocturne, avec un chromatisme jugé présent mais largement acceptable. La plupart des exemplaires arrivent correctement collimatés (les deux voies optiques bien alignées), et les tests de contrôle à l’infini le confirment souvent d’emblée. Il faut néanmoins signaler honnêtement que certains utilisateurs ont rapporté des soucis de collimation à la réception, source d’inconfort et de fatigue oculaire. Celestron prend en charge une recollimation dans les 30 jours, et des vis de réglage existent sous les caches caoutchouc, mais l’auto-réparation est fortement déconseillée sur un instrument à prismes. À la livraison, on trouve un étui souple en nylon, les bouchons, une courroie de cou, de quoi transporter sans plus.

Comparée à la concurrence, notamment la 15×70

Le duel le plus instructif oppose cette 20×80 ED à sa petite soeur de gamme, la SkyMaster Pro ED 15×70. Sur le papier et sur le terrain, la 20×80 gagne en résolution brute, plus de diamètre pour capter la lumière et plus de grossissement pour fouiller les amas serrés ou les détails lunaires. Mais la 15×70 riposte avec des arguments de polyvalence, une pupille de sortie de 4,7 mm contre 4 mm ici, donc une image plus lumineuse par unité de surface quand l’oeil est bien dilaté sous ciel noir, un champ plus large pour se repérer et embrasser les grands ensembles, et surtout un poids qui autorise un usage à main levée sur de courtes durées.

Le choix se résume donc à une question d’usage plus qu’à une hiérarchie de qualité. Face à la version non-ED du même 20×80, l’écart est net et justifie l’existence de l’ED, meilleur traitement multicouche, chromatisme bien mieux maîtrisé, pupille de sortie plus propre et image globalement plus sèche sur les bords. Face à la 15×70, l’ED 20×80 impose son piqué et sa profondeur sur trépied, mais concède la souplesse et la luminosité surfacique. Pour du grand champ nomade et lumineux, la 15×70 reste plus maligne, pour de l’observation posée et détaillée, la 20×80 ED prend le dessus.

Pour qui, pour quel usage

C’est un instrument de spécialiste, pas un premier achat généraliste. Je le recommande sans hésiter à l’astronome amateur déjà équipé d’un support solide et prêt à observer à poste fixe, celui qui privilégie le piqué, la maîtrise du chromatisme et la contemplation à deux yeux de la Lune, des amas et des grandes galaxies étendues. Pour l’observation lunaire et planétaire de confort, pour le balayage du ciel profond depuis un jardin ou un site fixe, il est difficile de faire mieux dans ce diamètre sans basculer sur un vrai télescope avec sa mise en oeuvre plus lourde.

En revanche, je le déconseille franchement à qui cherche la légèreté, l’itinérance ou l’usage à main levée, le poids et l’encombrement en font un compagnon de voyage pénible et une jumelle de rando impensable. Le débutant qui hésite gagnera souvent à commencer par une 15×70, plus tolérante, plus lumineuse en surface et moins dépendante d’un support parfait. La 20×80 ED est un aboutissement, pas une porte d’entrée, elle récompense celui qui sait déjà ce qu’il veut voir et qui a le matériel pour la tenir immobile.

On aime

  • Le verre ED fait vraiment son travail: le liseré coloré sur les cibles brillantes (bord lunaire, Jupiter, étoiles vives) est réduit au minimum, ce qui reste rare sur des jumelles 20×80.
  • Les 80 mm de diamètre captent énormément de lumière et révèlent quantité d'amas et de galaxies étendues (M31, Pléiades, Double Amas de Persée) invisibles à l'œil nu.
  • Construction sérieuse: étanchéité IPX7, purge à l'azote et rail de compensation d'équilibre pour un montage propre sur trépied, appréciable pour les longues sessions dans l'humidité nocturne.
  • Traitement multicouche intégral XLT et prismes BaK-4 qui donnent une image contrastée et nette jusqu'à une bonne partie du champ.

On aime moins

  • Près de 3,5 kg: l'usage à main levée est impossible au-delà de quelques secondes, le trépied robuste (voire une tête vidéo) est ici obligatoire et non optionnel.
  • La pupille de sortie de 4 mm reste modeste pour du ciel profond: le placement de l'œil est pointilleux et l'image est moins lumineuse par unité de surface qu'un modèle 15×70 à plus grosse pupille.
  • Encombrement et budget dissuasifs: c'est un instrument premium, volumineux à transporter, réservé à l'observation à poste fixe et non à l'itinérance.

Notre verdict

La Celestron SkyMaster Pro ED 20×80 est une des meilleures jumelles astronomiques de son diamètre, à une condition ferme, accepter qu’elle vive sur un trépied. Ses forces sont concrètes, un verre ED qui gomme réellement le liseré coloré sur les cibles brillantes, un piqué central de haut niveau, une construction étanche et azotée taillée pour les longues nuits humides, et un rail d’équilibrage qui rend le montage propre et confortable. Ses vraies limites le sont tout autant, près de 3,5 kg qui interdisent l’usage à main levée, une pupille de sortie de 4 mm modeste pour le ciel profond, des bords de champ qui se ramollissent, des bonnettes un peu fragiles et quelques cas de collimation imparfaite à la réception à surveiller de près. Je la conseille à l’observateur méthodique, déjà équipé d’un bon support, qui vise le détail et la maîtrise du chromatisme, et je la déconseille au nomade ou au débutant qui cherche la polyvalence, pour qui une 15×70 restera plus tolérante et plus lumineuse en surface. Bien mise en oeuvre, elle tient pleinement sa promesse, mal montée, elle ne montre rien de ce qu’elle sait faire.

Questions fréquentes

Peut-on vraiment utiliser la SkyMaster Pro ED 20×80 sans trépied ?
Non, pas de façon utile. Avec près de 3,5 kg et un grossissement de 20 fois, l'image tremble dès qu'on la tient en main, et le moindre tremblement est amplifié au point d'annuler tout le bénéfice du verre ED. Un trépied robuste, idéalement avec une tête vidéo fluide ou un bras parallélogramme, est indispensable. Le rail de compensation d'équilibre intégré facilite justement ce montage sur pied.
Le verre ED fait-il vraiment une différence par rapport à la version non-ED ?
Oui, et c'est visible. Sur les cibles à fort contraste comme le bord lunaire ou une planète brillante, la version ED réduit nettement le liseré coloré (aberration chromatique) au centre du champ, là où le modèle achromatique standard laisse un franc chromatisme dans la plupart des situations. On note aussi une pupille de sortie plus ronde, moins de vignettage sur les bords et un traitement multicouche plus efficace. Un chromatisme latéral léger subsiste toutefois en bord de champ.
Que peut-on observer concrètement avec ces jumelles ?
Les 80 mm captent assez de lumière pour révéler la galaxie d'Andromède (M31), les Pléiades ou le Double Amas de Persée, et pour aligner Jupiter avec ses quatre lunes galiléennes bien piquées. La Lune y est superbe, cratères et reliefs détaillés sans image fantôme même sur un premier quartier éblouissant. En revanche, avec une pupille de sortie de 4 mm, une 15×70 offrira une image un peu plus lumineuse par unité de surface sous ciel très noir.
Y a-t-il des défauts de collimation à craindre à la réception ?
La majorité des exemplaires arrivent correctement collimatés et passent le contrôle à l'infini sans souci. Mais certains utilisateurs ont signalé des voies optiques mal alignées à la livraison, ce qui provoque inconfort et fatigue oculaire. Celestron prend en charge une recollimation dans les 30 jours suivant l'achat. Des vis de réglage existent sous les caches caoutchouc, mais mieux vaut ne pas tenter l'auto-réparation sur un instrument à prismes et passer par le service constructeur.
En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.