Pour le chasseur ou l'observateur qui cherche une paire légère, robuste et vraiment piquée en entrée de gamme Steiner, surtout à l'approche et en observation, sans exiger une étanchéité à l'immersion.
La Steiner Safari UltraSharp 10×42 occupe une place particulière dans le catalogue du fabricant allemand : c’est la porte d’entrée vers l’univers Steiner, celle qui promet le fameux piqué (netteté de l’image) de la marque sans en réclamer le tarif des séries Ranger ou Nighthunter. Sur le papier, elle vise le chasseur à l’approche, le randonneur naturaliste et l’observateur polyvalent qui veut une paire légère, robuste et vraiment nette, capable de tenir dans la lumière déclinante du petit matin ou du soir. Le boîtier en Makrolon (polycarbonate technique, un plastique haute résistance) annoncé à 720 g, la mise au point centrale rapide et la garantie longue affichée à dix ans dessinent un outil pensé pour l’usage terrain régulier plutôt que pour la contemplation posée au balcon.
Après l’avoir eue en main et recoupé les tests d’opticiens comme les retours d’utilisateurs, mon verdict se veut nuancé : c’est une bonne jumelle, honnête et agréable, mais pas la révélation que son nom « UltraSharp » laisse espérer. L’image est franchement piquée au centre et le contraste est plaisant, la légèreté est réelle, mais trois points la rattrapent : un champ de vision étroit pour un 10×42, une étanchéité limitée sans purge au gaz inerte, et un grossissement 10x qui pèse sur la luminosité au crépuscule profond. Je la note 6,5/10 : une valeur sûre pour un profil précis, à condition de savoir exactement ce qu’on lui demande, et surtout ce qu’on ne doit pas lui demander.
Qualité optique et rendu de l’image
C’est le terrain sur lequel la Safari UltraSharp défend le mieux son nom. Au centre du champ, l’image est effectivement très piquée, avec des contours nets et une restitution des couleurs fidèle, ni trop chaude ni délavée. Le prisme en toit (système de renvoi de lumière compact qui aligne les tubes, par opposition au prisme de Porto plus encombrant) et le verre BAK-4 (verre optique dense qui réduit les zones sombres en bord de pupille) délivrent un rond de vision propre et bien éclairé. La distorsion sur les bords existe, comme sur toute jumelle de cette catégorie, mais elle reste discrète : il faut la chercher volontairement pour la remarquer. Les verres sont enfoncés dans le boîtier, ce qui limite naturellement la lumière parasite et les reflets rasants sans avoir besoin de pare-soleil.
Là où il faut être honnête, c’est sur l’appellation « UltraSharp », un peu marketing. Le verre employé est un Eco-Glass (verre sans métaux lourds, écologique) et non un verre ED (à dispersion extra-basse, celui qui corrige l’aberration chromatique, ces franges violettes ou vertes le long des contours très contrastés). Résultat : sur une branche noire détachée sur un ciel blanc, un liseré coloré léger apparaît, comme sur toutes les optiques de ce segment dépourvues de verre ED. Le piqué s’effrite aussi doucement à mesure qu’on s’écarte du centre. On reste sur une très bonne copie pour une entrée de gamme, mais pas sur le niveau de correction d’une HD moderne. Le grossissement 10x donne une pupille de sortie de 4,2 mm (le diamètre du faisceau qui sort de l’oculaire, calculé en divisant l’objectif par le grossissement) : suffisant de jour, plus juste que les 5,25 mm d’un 8×42 quand la nuit tombe vraiment.
Construction, ergonomie et prise en main
Le boîtier Makrolon est le vrai argument de séduction au quotidien : à 720 g annoncés (autour de 730 g mesurés selon les sources), on oublie vite la paire au cou pendant une longue approche, et le format compact (environ 148 x 128 x 65 mm) se glisse sans peine dans un sac. L’armature caoutchoutée offre une bonne accroche et le fabricant revendique une tolérance thermique de -20 °C à +70 °C, crédible pour un plastique technique de cette famille. La molette centrale, baptisée Fast-Close-Focus, mérite son nom : environ un tour et demi suffit pour passer de l’infini à la distance mini de 2 mètres. Elle est ferme sous les doigts, franche, sans point dur, et le réglage dioptrique (compensation de la différence entre vos deux yeux) court de -4 à +4 sur le tube gauche. Avec 16 mm de dégagement oculaire (la distance à laquelle l’œil peut se placer tout en voyant le champ entier), les porteurs de lunettes sont correctement servis, bonnettes rabattues.
Deux réserves concrètes, remontées par plusieurs testeurs et que je confirme. D’abord, les petits logos en plastique dur collés sur la façade tombent pile sous les doigts, ils sont glissants et gênent la préhension : beaucoup d’utilisateurs finissent par les décoller, ce que je recommande aussi. Ensuite, c’est un châssis tout polycarbonate, sans armature métallique : c’est ce qui explique la légèreté, mais la paire respire moins le haut de gamme qu’un corps en magnésium, et la sensation en main est plus « outil » que « bijou ». Rien de rédhibitoire, mais il faut le savoir avant de la choisir pour la seule marque Steiner.
Sur le terrain, en lumière rasante et par mauvais temps
À l’usage réel, la Safari UltraSharp confirme sa vocation d’observation à l’affût et à l’approche. En lumière rasante du petit matin ou du crépuscule naissant, elle tient bien : le contraste reste lisible et le piqué central permet de juger un animal, de détailler un plumage ou d’évaluer une ramure à distance, ce qui justifie le choix du 10x pour qui cherche de la portée d’identification. Mais quand la pénombre s’installe vraiment, la limite physique du 10×42 reprend ses droits : avec sa pupille de sortie de 4,2 mm, l’image s’assombrit plus vite qu’avec un 8×42, et un observateur habitué au 8x sentira la différence dans la dernière demi-heure exploitable. Ce n’est pas un défaut de la Steiner, c’est la rançon du grossissement, mais cela recadre les attentes.
Le point à surveiller de près, c’est le mauvais temps. L’étanchéité est de niveau IPX4, c’est-à-dire une résistance aux projections et à la pluie, pas une conception pour l’immersion. Surtout, les fiches techniques détaillées ne créditent cette paire d’aucun remplissage à l’azote ou à l’argon (le gaz inerte injecté dans les tubes qui empêche la buée interne lors des chocs thermiques). C’est un vrai bémol : la communication de la marque évoque un caractère « waterproof », mais dans les faits on est sur une jumelle qui encaisse une averse, pas sur une submersible garantie anti-buée, et des utilisateurs de la déclinaison compacte de la gamme ont d’ailleurs signalé de la condensation sous forte pluie. Pour la chasse par gros temps, l’affût prolongé sous la bruine ou les passages répétés du froid extérieur au chaud d’un véhicule, la prudence s’impose. Bonne nouvelle en revanche : le pas de vis permet le montage sur trépied pour l’observation statique longue durée.
Face à la concurrence directe
C’est ici que la Safari UltraSharp montre ses limites de positionnement. Son champ de vision de 5,7° (100 m à 1000 m) est étroit pour un 10×42, où beaucoup de rivales tournent plus large. La Vortex Diamondback HD 10×42, concurrente frontale, affiche par exemple 6,3° (environ 110 m à 1000 m) : la différence se sent quand il faut suivre un animal en mouvement ou balayer rapidement une lisière, la Steiner obligeant à travailler plus posément, par petits panoramiques. Cette Vortex, comme la Nikon Prostaff P7 ou les séries Monarch, embarque en outre un verre ED que la Steiner n’a pas, donc une meilleure maîtrise des franges colorées sur les scènes très contrastées.
Le contre-argument de la Steiner, c’est le poids plume et la molette très agréable, plus la caution d’un SAV et d’une garantie longue (dix ans) qui rassurent sur la durée. Mais sur les forums d’optique, des observateurs expérimentés estiment qu’à budget comparable elle ne se détache pas nettement des Nikon et Vortex, souvent mieux dotées en champ et en traitement des verres. Mon avis rejoint ce constat : la Safari UltraSharp se défend par sa légèreté, son ergonomie et son piqué central, pas par une supériorité optique globale sur ses rivales. On l’achète pour un ensemble cohérent et un confort de port, pas parce qu’elle écrase la catégorie.
Pour qui, pour quel usage
Le profil idéal est clair : le chasseur soigneux à l’approche ou en observation, le randonneur naturaliste et le voyageur qui privilégient la légèreté, la finesse d’image au centre et une molette rapide, sur des terrains où l’on maîtrise la météo et où l’on n’immerge jamais son matériel. Pour ces usages, portée d’identification en 10x, sorties itinérantes, affût par temps sec ou pluie passagère, c’est un choix cohérent et durable, qu’on garde des années sans s’en lasser.
À l’inverse, je la déconseille assez nettement dans trois cas. Pour l’ornithologue qui traque des passereaux vifs dans les fourrés, le champ étroit et le 10x tremblotant (plus difficile à stabiliser à main levée que le 8x) seront frustrants : un 8×42 à champ large sera plus reposant et plus efficace. Pour l’usage par gros temps humide ou en climat sujet aux chocs thermiques, l’absence de purge au gaz et l’étanchéité IPX4 invitent à regarder une paire réellement submersible et remplie à l’azote. Enfin, pour l’observation crépusculaire poussée, où la lumière compte plus que la portée, un 8×42 restituera une image sensiblement plus claire dans les dernières minutes utiles.
On aime
- Image nette et bien contrastée, avec un piqué qui tient jusque dans la lumière déclinante du petit matin et du soir, moment clé de l'activité du gibier
- Boîtier Makrolon léger (720 g) et solide, prise en main agréable et tolérance au froid annoncée jusqu'à -20°C, adapté à l'affût comme à l'approche
- Mise au point centrale fluide et distance mini courte (2 m), pratique pour passer d'un affût rapproché à une observation lointaine
- Sérieux constructeur Steiner et garantie longue (10 ans), gage de durabilité pour un usage terrain régulier
On aime moins
- Étanchéité limitée à l'IPX4: elle encaisse la pluie et les projections mais n'est pas prévue pour l'immersion, un vrai bémol pour la chasse par gros temps ou en milieu très humide
- Champ de vision modeste (100 m à 1000 m), un peu juste pour suivre un animal en mouvement ou balayer rapidement une lisière
- En 10x, la pupille de sortie de 4,2 mm donne une image plus sombre qu'un 8×42 dans la pénombre profonde de l'affût, et les petits logos plastique en façade, glissants sous les doigts, sont à retirer
Notre verdict
La Steiner Safari UltraSharp 10×42 est une entrée en matière honnête dans l’univers de la marque : piquée au centre, joliment contrastée, très légère et servie par une molette de mise au point qui fait plaisir, avec la tranquillité d’une garantie longue. Mais elle n’est pas l’exception que son nom promet, et ses vraies limites doivent être dites : un champ de vision étroit pour un 10×42, un verre sans correction ED qui laisse passer quelques franges colorées, une étanchéité IPX4 sans remplissage au gaz inerte qui la range parmi les résistantes à la pluie et non parmi les submersibles anti-buée, et le déficit de luminosité inhérent au 10x quand la nuit tombe vraiment. Je la conseille au chasseur et au randonneur soigneux qui recherchent avant tout la légèreté, la finesse d’image et la portée d’identification par temps maîtrisé, et je la déconseille à l’ornithologue en quête de champ large, à l’observateur du crépuscule profond et à qui affronte régulièrement le gros temps. Une bonne jumelle bien née, à choisir en connaissance de cause, d’où sa note de 6,5/10.

